Caroline AllenÉcrit par

Les probiotiques, panacée pour l’obésité?

Bien-être, Santé intestinale| Vues: 1695

Au Québec, la prévalence de l’obésité a doublé depuis les 25 dernières années1. Selon les plus récentes statistiques, une personne sur cinq dans la province est obèse1. Ce fléau global – et les comorbidités associées (comme le diabète et les maladies du cœur) – nuisent à la qualité de vie des personnes affectées et de leurs proches2. De ce fait, il est impératif de comprendre les facteurs de risque sous-jacents au syndrome métabolique, par exemple : l’alimentation, l’activité physique, le sommeil et la génétique2. On découvre que notre destin « métabolique » est déterminé avant la naissance, puis lors de notre entrée au Monde ; les bébés accouchés par césarienne sont plus nombreux à souffrir d’obésité que ceux livrés par voie naturelle3.

L’obésité est un dérèglement complexe, et il est dorénavant clair que l’explication rudimentaire de la balance énergétique ne raconte pas toute l’histoire… D’ailleurs, le microbiote intestinal joue un rôle important dans l’absorption, la mise en réserve et la dépense de calories obtenues dans la nourriture4. D’autre part, des études faites sur les animaux ont démontré que la flore microbienne intestinale est aussi impliquée dans le contrôle des apports alimentaires en affectant les hormones régulatrices du métabolisme et de l’appétit. Une théorie dominante tentant d’expliquer le phénomène de l’obésité est l’idée de l’influence du microbiote et des réactions inflammatoires sur la gestion du poids4. Toujours selon cette explication, un facteur menant à l’obésité serait la perméabilité de la barrière intestinale4.

Lien entre le microbiote et l’obésité

Justement, l’obésité est caractérisée par une altération du microbiote intestinal avec une plus grande population de bactéries Firmicutes versus les Bacteroidetes ainsi qu’une éclosion de micro-organismes pathogènes dans les selles de sujets obèses2,5. De plus, des tests en laboratoire ont étudié la transplantation microbiotique entre des souris obèses et minces, et ont pu révéler la transmissibilité de l’obésité et la capacité accrue qu’ont certains microbes à utiliser l’énergie provenant des aliments5. L’obésité serait aussi reliée à l’inflammation du corps. Lorsque l’intestin devient plus perméable, suite à un déséquilibre du microbiote, il laisse passer des molécules indésirables comme les lipopolysaccharides (LPS), qui induiraient une résistance à l’insuline et affecteraient le métabolisme lipidique chez l’hôte humain. Enfin, les colonies bactériennes intestinales moduleraient le rythme circadien du corps, qui a un effet sur l’appétit et ainsi le maintien d’un poids santé. On sait que la perturbation de l’horloge biologique par exemple chez les travailleurs de nuit et les gens souffrant d’apnée du sommeil peut entraîner une myriade de désordres métaboliques5.   

Les probiotiques dans tout ça?!

L’obésité est une problématique de santé publique nécessitant des interventions multidimensionnelles, telles l’approche diététique et la supplémentation probiotique7. Une dysbiose, soit un déséquilibre de l’équilibre bactérien, a été décelée chez les individus en embonpoint. Les greffes fécales aussi appelées “bactériothérapie fécale” des personnes de poids santé vers celles avec avec un syndrome métabolique a amélioré la sensibilité à l’insuline de ces dernières. Un nombre d’espèces Lactobacilles ont été reconnus comme étant favorables à l’atteinte d’un poids santé9. Les mécanismes d’action protecteurs du poids de ces Lactobacilles étaient les suivants : la défense contre la glycolyse exagérée dans le corps et aussi contre le stress oxydatif7. Certaines souches de Bifidobactéries semblent aussi offrir des bienfaits, en normalisant le glucose sanguin et réduisant l’inflammation, diminuant éventuellement le poids corporel et la masse adipeuse10. Enfin, l’ajout de fructo-oligosaccharides aux probiotiques (les produits Probaclac en contiennent), permet d’optimiser la colonisation microbiotique et la production de métabolites bénéfiques via fermentation bactérienne6.

Sans surprise, l’alimentation détient un rôle central dans la composition du microbiote. L’inclusion de fibres dans la diète amène plusieurs bienfaits. Entre autres en contribuant à la production d’acides gras à chaine courte, en maintenant l’intégrité épithéliale, en sécrétant des hormones de satiété, et en stimulant la sensibilité à l’insuline, parmi d’autres effets désirables6. La complexité et la spécificité de l’obésité quémandent une solution autre que celles qui sont proposées aux personnes avec embonpoint. Le microbiote offre une lueur d’espoir pour faire face à de cette pandémie de surpoids. D’autres études sont requises sur les humains sous forme de recherches cliniques pour mieux comprendre l’impact précis des probiotiques sur la santé métabolique.

 

Quiz éclair pour voir qui sont les Experts!

Vrai ou Faux? Une plus grande perméabilité intestinale et la perte d’intégrité épithéliale sont pointé du doigt dans plusieurs pathologies, incluant les maladies inflammatoires des intestins et l’obésité puis le syndrome métabolique.

Vrai! On parle de plus en plus de cette causalité dans les articles scientifiques.

Vrai ou Faux? Les femmes sont plus nombreuses à souffrir d’obésité.

Faux! L’obésité est plus élevée chez les hommes de façon assez significative. D’autre part, les personnes en milieu rural, qui souffrent d’insécurité alimentaire et qui ont moins d’éducation sont plus vulnérables au gain de poids.


RÉFÉRENCES

1Institut national de santé publique du Québec. Évolution de l’obésité au Québec. [Site web]. Consulté le 12 février 2018. https://www.inspq.qc.ca/santescope/analyses/obesite

2Martinez KB, Leone V et Chang EB. Western diets, gut dysbiosis, and metabolic diseases : Are they linked ? Gut Microbes. 2017 ; 8 (2) : 130-142.

3The Guardian. Babies born by caesarean more likely to be obese as adults, study suggests. [Site web]. Consulté le 8 février 2018. https://www.theguardian.com/society/2016/sep/06/babies-born-by-caesarean-more-likely-to-be-obese-as-adults-study-suggests

4Gut Microbiota for Health. Inflammation, gut microbiota, and obesity : What’s the link ? [Site web]. Consulté le 12 février 2018. http://www.gutmicrobiotaforhealth.com/en/inflammation-gut-microbiota-obesity-whats-link/

5Singh RK, Chang HW, Yan D, Lee KM, Ucmak D et al. Influence of diet on the gut microbiome and implications for human health. J Transl Med. 2017 ; 15 (1) : 73.

6Martinez KB, Pierre JF et Chang EB. The Gut Microbiota : The Gateway to Improved Metabolism. Gastroenterol Clin North Am. 2016 ; 45 (4) : 601-614.

7Isokpehi RD, Simmons SS, Johnson MO et Payton M. Genomic Evidence for Bacterial Determinants Influencing Obesity Development. Int J Environ Res Public Health. 2017 ; 14 (4) : e345.

8Vrieze A, Van Nood E, Holleman F, Saloj€arvi J et al. Transfer of intestinal microbiota from lean donors increases insulin sensitivity in individuals with metabolic syndrome. Gastroenterology. 2012 ; 143 : 913-916. [E-pub].

9Drissi F, Merhej V, Angelakis E, El Kaoutari A et al. Comparative genomics analysis of Lactobacillus species associated with weight gain or weight protection. Nutr Diabetes. 2014 ; 4 : e109.

10Firouzi S, Barakatun-Nisak MY, Ismail A, Majid HA et Nor Azmi K. Role of probiotics in modulating glucose homeostasis : evidence from animal and human studies. Int J Food Sci Nutr. 2013 ; 64 : 780-786.

11Bron PA, Kleerebezem M, Brummer RJ, Cani PD, Mercenier A et al. Can probiotics modulate human disease by impacting intestinal barrier function ? Br J Nutr. 2017 ; 117 (1) : 93-107.

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